Tchernobyl à tous les repas !
Un projet de norme internationale
pour autoriser les aliments radioactifs.

Il faudra bientôt s’habituer à la saveur des champignons au plutonium. Jusqu’ici, on n’en ingurgitait qu’en période d’accident nucléaire. Désormais, ça sera tous les jours.

Sachez qu’aucun seuil ne réglemente la radioactivité «normale» des aliments. Pour la bonne raison que, normalement, les aliments ne sont pas radioactifs. Il existe bien des limites réglementaires, mais seulement pour la contamination accidentelle, la seule censée exister. Ainsi, durant l’année qui a suivi Tchernobyl, les aliments dont la teneur en césium 137 ne dépassait pas 1000 becquerels par kilo étaient admis à la consommation.

Cela a inspiré l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les nucléocrates de cet organisme onusien se sont dit que les environs des centrales nucléaires regorgeaient de bonnes denrées gâchées. Alors ils sont intervenus auprès du Codex alimentarius, la commission de l’ONU censée définir ce qui est bon pour nos estomacs. De là est né un projet : créer une norme pour la consommation quotidienne... mais avec les valeurs autorisées en cas d’accident.

C’est une bonne idée de poser des limites là où il n’y avait rien. Sauf que des seuils mille fois plus faibles auraient été un peu moins criminels. « 1000 besquerels pour le césium est une limite inacceptable. À ce niveau, on constate de réels risques pour la santé », se révolte Roland Desbordes de la CRII-RAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité).

Le Codex alimentarius rendra sa décision en juillet 2005. Dans cette perspective, les pays européens se réunissent cette semaine pour décider de l’attitude défendue par l’Europe.

Si la norme est entérinée, il sera bien difficile de brandir le code de santé publique pour refouler les légumes et crustacés radioactifs en provenance de Biélorussie, d’Irlande ou d’ailleurs. Cela supposerait de sérieux contrôles aux frontières, qui sont loin d’être à l’ordre du jour. En plus, les foudres du dieu OMC risqueraient de s’abattre sur cette entrave à la liberté du commerce. Seul espoir: il n’est pas encore trop tard pour jeter ce projet aux oubliettes de l’atome... mais ça urge.

D’après un article d'Antonio Fischetti - Charlie-Hebdo du 27 avril 2005